Pour beaucoup d’entre nous, le début du veuvage apparaît comme un tunnel sans fin. Au fil des mois, des années, telle rencontre, tel événement, telle parole va me surprendre. Je perçois des petites étincelles de lumière. La vie est là, plus forte que la mort.
Avec le temps, le veuvage amène à acquérir des compétences et des qualités nouvelles, par nécessité ou du fait du « travail » que le deuil réalise en soi. Il y a des répercussions sur les goûts, les valeurs, le caractère, les relations, la façon de regarder et d’écouter… Le lien avec le conjoint se transforme et la foi se réajuste.
Comment croire que ces remaniements pourraient permettre une croissance ? Après toutes ces souffrances, l’idée de bonheur n’est-elle pas inconcevable ? Et comment oser vivre, alors que lui, elle, est mort ?
La parabole du grain de blé tombé en terre nous invite à poser un regard d’espérance sur ce qui est enfoui. Considérons le veuvage autrement que comme un échec. Ma vie a de la valeur et reste féconde. J’ai à rechercher ce qui germe, à en prendre soin et à le laisser grandir, pour qu’il se transforme en un bel épi.
Alors que nous manquons au moins autant d’amour à donner que d’amour à recevoir, soyons attentifs aux appels qui nous sont adressés. Ouvrons nos oreilles, nos yeux, nos mains et nos cœurs, et repérons ce qui nous touche et ce qui nous relève. Demandons la lumière de l’Esprit Saint. Partageons notre recherche avec une personne de confiance.
Ainsi chacune, chacun pourra reconnaître la vie qui l’anime, d’une manière renouvelée, et découvrir une nouvelle mission pour aimer autrement.
• Apprendre à apprivoiser la vie devenue différente, et qui se révèle jour après jour.
• C’est un chemin sans certitude et avec tâtonnements.
• Relire ma propre histoire et chercher dans mon cœur ce qui est resté enfoui en moi.
• Découvrir ce qui m’éclaire et peut devenir force pour mon nouveau quotidien.
• Décider et choisir de ne pas m‘enfermer, découvrir et partager mes avancées.
• Ecouter et croire Jésus : « Je suis avec vous tous les jours… » Mt 28, 20.
Donc je ne suis pas complètement seul.
• Tu l’écris comment : croissance ou croix-sens ?
Avant j’étais stricte et exigeante : je n’acceptais pas les retards, les paroles sans suite… Devenir veuve a été comme une grosse claque. C’était difficile de faire face : j’avais honte. Depuis je suis plus tolérante et patiente ; je cherche à comprendre, et j’ai même gagné un peu de l’humour de mon mari.
Les premières années, le regard aimant de mon conjoint, les moments de complicité, de tendresse, d’intimité, que nous avions me manquaient. La prière m’a beaucoup aidée à combler ce vide.
Depuis que je visite les personnes âgées en EHPAD, je fais l’expérience que je peux leur donner de la tendresse, et j’en reçois en retour. L’affection partagée avec mes petits-enfants compte aussi énormément pour moi.
J’ai quitté mon travail quelques mois après la mort de ma femme, car j’étais souvent en déplacement : impossible quand on est un papa solo. J’ai commencé une formation pour changer de métier. Le salaire sera moins élevé, mais ma mission prioritaire est d’être présent pour mes enfants.
A chaque naissance de nos arrière-petits-enfants, mon mari et moi plantions un arbre fruitier. Depuis son départ, deux arrière-petits-enfants sont nés et j’ai planté toute seule deux arbres, en pensant très fort à mon mari.
Quand mon mari est décédé, je n’avais plus la force de réagir. Un an après, l’association pour les personnes qui ont des troubles de la mémoire, où mon mari allait régulièrement, m’a demandé si je voulais intégrer son CA. J’ai dit oui. Et là tout a changé. Vraiment aller vers les autres m’a sauvé la vie. Aider les faibles, les malades, m’a permis de rester debout, vivante.
Le petit dicton qui consiste à dire « on fait avec » se décline désormais sur le mode « on fait sans ! ». Mais il est indéniable que l’on s’ouvre davantage à la détresse des autres que l’on croise sur notre route. Et ce chemin, je veux continuer à le suivre, autant que faire se peut.
L’an dernier j’ai décidé de marcher sur le chemin de Compostelle. Cette aventure m’a apporté un peu d’apaisement et de sérénité, et m’a permis d’échanger avec d’autres personnes en difficulté. Nos échanges ont été riches. Cet été, je repars en hospitalier sur le chemin, pour accueillir les pèlerins et m’occuper de l’intendance. Une façon pour moi de me rendre utile et de vivre mes vacances.
Se retrouver seul à jouer le rôle de grand-parent pour accueillir ce petit-fils, ce n’était pas prévu. Ma femme se réjouissait de la future arrivée de ce petit-fils, et envisageait avec bonheur d’accompagner ce bébé et ses parents pour leur faciliter la vie. Dieu en a décidé autrement, et je me suis senti investi d’une mission nouvelle auprès de ce petit Pablo. Dans sa première année, je suis très présent auprès de lui y compris dans des tâches quotidiennes… que je n’ai même pas le souvenir d’avoir menées pour mes enfants. Le deuil, c’est aussi une période de découverte de nouvelles ressources en soi.
Avant la mort de Fabrice, protégée, aimée de lui, j’avançais dans notre vie à deux, nos décisions étaient concertées. Aujourd’hui, malgré la mort, j’ai le sentiment qu’il est toujours là mais je me découvre différente, j’éclos comme une fleur, avec force et détermination. Je suis aussi hésitante parfois… il m’accompagne dans les choix que j’ai à faire au quotidien et pour l’avenir, comme le tuteur d’une jeune plante. Mes décisions aujourd’hui sont encore empreintes de lui, mais sont bien le fruit de ma réflexion. Parfois elles sont tranchées et parfois plus souples. Le tout est pour moi qu’elles soient assumées.
Brutalement, une nouvelle vie s’annonce après la perte de notre conjoint. Une vie non choisie, puisque tout ce que nous avions vécu à deux a disparu, comme une barque au fond de l’océan. Et, paradoxalement, tout ce qui a bâti notre couple va nous aider à nous relever. La transition d’une vie nouvelle se fait doucement, parfois douloureusement et nous appelle à vivre autre chose, différemment.
Peut-être est-ce le moment de mettre en place un projet que nous avions eu à deux et qui n’a pas eu le temps de voir le jour ? Transmettre et faire revivre l’autre dans notre témoignage de vie est heureux puisque nous l’avons été.
La fidélité ne se limite pas à ne pas se remarier, ou à ne pas avoir de nouvelle compagne ou de nouveau compagnon. Notre conjoint nous connaît tel que nous sommes, dans une immense indulgence, ayant été lui aussi homme ou femme. La perfection est hors de notre portée ! Mais à chaque fois que nous faisons des efforts, nous allons davantage vers notre conjoint disparu. La fidélité peut donc continuer à croître. Nous avons des reculs, des chutes même, son indulgence est infinie… Il, elle, sait bien qu’il n’a pas vécu le deuil et les difficultés que nous évoquons à toutes nos réunions.
Un psaume dit « Sa fidélité s’étend d’âge en âge sur ceux qui le craignent ! ». La fidélité de notre conjoint ne cesse de s’étendre par l’amour !
Les années ont passé et aujourd’hui mon fils aîné va se marier. Cette nouvelle me comble de joie, mais réveille en moi des souvenirs contre lesquels je me heurte. Il faut bien l’admettre : la solitude me semble plus dure à porter, déstabilisante, et pourtant je suis sûre au fond de moi-même que nous partageons encore, François et moi, ce bonheur de notre enfant.
Cet amour auquel nous avons cru si fort, que nous avons vécu, a tissé entre nous une relation qui perdure au long des jours. Épouse, je l’ai été ; veuve, je le suis. Rien ne pourra jamais changer ces réalités, mais la vie qui m’a été donnée se poursuit sur ces assises. Cet amour, avec ses hauts et ses bas, qui nous unissait ne cessera jamais : il me fait encore aller de l’avant et je crois que François m’accompagne sur cette route nouvelle, qui est en réalité la continuation de ce qu’ensemble nous avons voulu bâtir.
Si je ressens une profonde émotion en vivant ce moment, c’est bien parce que j’ai cru au bonheur que Dieu nous fait découvrir dans l’amour, celui des conjoints, celui de l’autre.
Il faut persévérer ; c’est la Vie qui a pris de plus en plus un goût d’Espérance !
J’ai envie de dire…
D’abord aux couples, jeunes ou vieux : cramponnez-vous l’un à l’autre, cultivez, entretenez votre bonheur, le pardon, le dialogue, la tendresse. Prenez bien soin l’un de l’autre. Dorlotez-vous, profitez au maximum !
Ensuite à tout le monde : la mort est une réalité bien présente au milieu de nous. Ne faites pas comme si elle n’existait pas. Ne cachons pas la mort ! Nous n’y échapperons pas : vous aurez un jour ou l’autre à vivre la perte d’un être cher. Prenez soin des endeuillés, entourez-les, réconfortez-les ! Ne faites pas avec eux comme si rien ne s’était passé : c’est la pire des attitudes.
A ceux qui nous fuient par peur ou gêne ou méconnaissance : on a besoin de présence, d’être accueilli, de parler de soi, de celui qui n’est plus là.
A nos enfants adultes qu’on a tendance à protéger pour qu’ils ne se sentent pas culpabilisés ou obligés de s’occuper de nous, disons la vérité si on ne va pas bien.
Aux prêtres : formez-vous à la gestion du deuil ! Même les prêtres ne sont pas à la hauteur de notre besoin de réconfort. Ils ne sont pas préparés à l’accueil des endeuillés. Ils esquivent et fuient comme les autres. Lisez les ouvrages de ceux qui accompagnent les endeuillés, les nombreux témoignages d’hommes et de femmes chrétiens ou pas : ils sont de bon conseil et vous en apprendront sur ce qu’est vraiment le deuil et le veuvage en particulier. Cela vous évitera de commettre des maladresses irréparables.


ESPÉRANCE ET VIE
est un mouvement
de la Pastorale
des Familles