Vivre le veuvage

Faire son deuil ou vivre le deuil ?


Faire son deuil nous est souvent présenté comme un travail à réaliser, une difficile tâche à accomplir, une de plus qui s’ajoute à la liste de ce qu’il faut « faire » après la mort. Un temps avec un début et une fin, et où l’expression des émotions relatives au conjoint serait autorisée, pour ne plus l’être ensuite. Une période jalonnée d’étapes codifiées à franchir, les mêmes et dans le même ordre pour tous, pour arriver à une « réussite » et enfin « tourner la page » : il a fait son deuil, elle a fait son deuil… quand, au regard des autres, tout va pour le mieux. D’ailleurs les jugements vont bon train pour celle ou celui qui « a vite fait son deuil ! »

Et s’il s’agissait plutôt de vivre le deuil ? De vivre malgré ou avec le deuil. Vivre en étant habité par les souvenirs, bons ou mauvais : il y a du tri à faire dans la vie conjugale et cela prend du temps. Il n’est pas fou de ressentir une forme de présence, et même d’y puiser de la force pour tenir debout. Tout cela est bon et normal si on ne s’enferme pas dans les images morbides ou le regard inquisiteur du défunt.

Vivre le deuil, c’est se disposer à ne pas demeurer dans la souffrance du deuil. En parler, par exemple dans un groupe de parole, est source de consolation, d’ouverture à l’autre et peut permettre de vivre autrement dans la vie qui est la mienne aujourd’hui.

Vivre le deuil, c’est une transformation qui va, petit à petit, retisser des liens avec douceur et nuances. Quand on fait l’expérience que l’être aimé(e) ne disparaît pas totalement, on a moins de chagrin et il est plus facile de s’ouvrir aux autres.

Alors le présent et l’avenir viennent prendre une juste place : chaque jour, une nouvelle page de la vie est à écrire. La mort n’est pas la fin de l’histoire. Endeuillés, nous demeurons bien vivants. Le Christ ressuscité nous donne même l’espérance de retrouvailles éternelles…

L’univers inconnu se dévoile au fil des jours, des semaines, des mois, des années :

  • Des questionnements
  • Une étrange liberté
  • Des compétences nouvelles
  • Les liens sociaux sont différents et évoluent.
  • Mon regard sur le monde et mes priorités ne sont plus les mêmes…
  • Mes réactions sont différentes.

Des veufs, des veuves ont écrit…

les veufs et veuves ont écrit, témoignages
Tristesse et joie

Mon épouse est décédée il y a un an. A Lourdes début octobre, j’ai été surpris par le climat joyeux du rassemblement d’Espérance et Vie, alors que j’étais triste. Cette joie du mouvement m’a fait du bien.

Et après ?

Mon mari est mort il y a longtemps et les gens pensent que je vais bien, que j’ai « fait mon deuil ». Il a bien fallu que la vie continue, avec encore des enfants jeunes. Que vais-je faire après ? Comment utiliser cette liberté ? Je me sens en quête d’un bonheur que je ne vois pas comment construire.

Faux-amis

Nous pouvons dire ce que nous vivons seulement à d’autres veufs ou veuves. Ceux qui sont en couple ne comprennent pas. Nos amis donnent des avis qui ne me font pas du bien. Les rencontres du groupe Espérance et Vie sont essentielles à notre santé mentale, physique, elles nous maintiennent en vie.

Décider seule

Mon mari ayant une très forte personnalité, j’avais du mal à trouver ma place. Depuis son décès j’apprends à puiser en moi des richesses insoupçonnées. J’arrive à prendre des décisions.

Prendre des initiatives

Après avoir réglé tout ce qui concernait les papiers, j’ai eu des envies de changement : refaire la tapisserie de ma chambre avec autre disposition de certains meubles, installation d’une douche, etc. Je n’en reviens toujours pas et je m’en félicite.

Cultiver « son » jardin

Je fais un peu de jardin. C’est nouveau pour moi car pour tout ce qui était de l’extérieur, mon mari avait carte blanche. J’apprends à choisir les variétés de plantes. C’est une manière de continuer ce qu’il a commencé.

Témoignages : Survivre ou vivre ?



C'est elle qui vit…

Je sens encore que je survis, mais que je ne vis pas pleinement ; j’ai l’impression que le temps ne joue pas en ma faveur, car plus les jours s’écoulent depuis le décès de ma femme, plus je ressens la douleur et encore la tristesse dans mon cœur… ayant la crainte de l’oublier petit à petit ; c’est comme l’image d’une photo qui pâlit. Dans les premières années, j’en ai voulu au Seigneur de « m’avoir pris ma femme », et sans cesse me revenait à l’esprit cette phrase de l’Evangile : « Ce que Dieu a uni, que l’homme ne le sépare pas ! » et je me disais : « J’ai été fidèle, je ne me suis pas séparé de ma femme, mais c’est le Seigneur qui m’a séparé d’elle par la mort ! »

Je voyais un prêtre à cette période qui m’a dit : « Mais Thierry, aujourd’hui, c’est toi qui sembles mort, alors que le Christ est en toi, et c’est elle qui vit… avec le Christ » : cette remarque m’a beaucoup touché ! Je réalise petit à petit qu’il faut aller de l’avant ; les relations familiales et amicales sont si précieuses pour m’aider à me rappeler la présence de ma femme et à accepter cette lourde séparation : cela me donne de l’espoir pour continuer à avancer, malgré les re-chutes, et à garder l’Espérance.

Thierry

Après le décès de Gaëtan, quand j’ai repris mon travail d’infirmière, je pensais que ce serait difficile d’accompagner les personnes âgées dans la maladie puis leur famille dans le deuil. Je réussis à puiser assez de force pour mener à bien cette mission. Je suis davantage disponible pour être à l’écoute des personnes dans le besoin. Les échanges avec mes collègues et les soins de bien-être que je peux apporter aux personnes âgées me permettent de me rendre utile et de trouver un sens à ma vie.

Marie-Geneviève

Au début, pas même les enfants ni les amis qui restent ne peuvent peupler la solitude. La place du défunt est toujours là, mais lui est absent. Plus j’étais dans la foule et plus je me sentais seule. J’essayais de peupler cette solitude en reprenant mes activités, sans goût, mais par force, fuyant la maison. Seul l’exercice physique – grandes marches, le grand air – vidait… le cerveau, et en visitant des lieux nouveaux où nous n’étions jamais allés.

Petit à petit, j’arrive à penser aux bons souvenirs, aux bons moments passés ensemble ; j’essaie de penser aux autres, à ceux qui souffrent, à ceux qui ne peuvent se déplacer. Je remercie Dieu car j’ai la chance de conduire. J’ai trouvé beaucoup de réconfort avec le mouvement Espérance et Vie, au contact de personnes qui partagent les mêmes problèmes de souffrance et de solitude. Mon passage à Lourdes au Grand Rassemblement a été bénéfique et l’Espérance renaît.

Solange