Beaucoup d’entre nous ont prié, parfois beaucoup, lorsque notre conjoint était malade. Nous avons demandé sa guérison. Et puis la mort est venue nous arracher l’être aimé. Certains ont eu l’impression que Dieu était absent ou ne nous entendait pas. Un sentiment d’abandon, de désespoir, s’est fait jour, nous a envahis, parfois jusqu’à ébranler notre foi, notre confiance en Dieu.
Le deuil est une épreuve pour la foi. La mort accompagne notre vie. Il y a un avant et un après l’événement de la mort de notre conjoint. Certains disent : je ne peux plus croire ; d’autres disent : je ne peux plus croire comme avant : c’est différent.
Chacun est invité à réfléchir à sa relation au Père, au Fils et à l’Esprit, à sa prière, et au questionnement de foi que la mort du conjoint a provoqué ou « re-suscité ». Il nous faut apprivoiser la mort, vivre à fond le temps qu’il nous reste à vivre, accueillir la vie, malgré la réalité de la mort, cultiver la relation avec notre défunt, mais aussi avec les autres… et avec Dieu. Tout ça dans la profondeur, la sérénité et la liberté ; gardons confiance, le courage nous sera donné. Par notre vie de veufs et de veuves, nous pouvons être des témoins, des « disciples-missionnaires », selon l’expression du Pape François.
Robert Laval. Veuf et diacre, aumônier. Diocèse de Saint-Etienne.
Après un temps de rancune contre Dieu quand il est venu chercher ma femme, je le rencontre à nouveau à la messe le dimanche. Maintenant j’ai repris confiance en lui et je vis dans l’espérance.
Les forces diminuent et mes mains tremblent. Je ne peux plus rendre service comme j’aimais le faire. Au contraire j’ai besoin des autres. Alors j’essaie de sourire au personnel dévoué qui prend soin de moi et je prie pour ces personnes et pour leur famille.
Je me suis occupée de mon mari handicapé pendant plusieurs années. Quand je le soignais, j’avais l’impression de toucher le Christ. Aujourd’hui je repense à ces moments quand je communie.
Les premières années de deuil m’ont laissé dans un état de grande fragilité. Puis je me suis autorisé à vivre à nouveau, d’abord spirituellement, en suivant des parcours de catéchèse : parmi les personnes rencontrées, j’ai trouvé chaleur, amitié et réconfort. Cela m’a fait grandir dans la foi.
Je ne peux plus me déplacer. Une visiteuse du Service Evangélique des Malades de la paroisse m’a dit : « Votre nouvelle mission, c’est de prier ! ». Je le fais : il y a tant d’intentions à porter. Finalement je me sens utile et moins seule.
Un moment fort fut ma réconciliation avec Marie, pour qui je gardais un ressentiment. Pendant la maladie de mon épouse, j’avais cru comprendre que Marie veillait fortement sur elle ; et elle est morte quelque temps après. Je lui en voulais. Je sais maintenant qu’elle veille toujours sur mon « pote-en-ciel » et sur moi.
Christine
Après le décès de mon mari j’ai rejeté en bloc la religion. J’avais fait un témoignage à Alpha sur ma foi qui était très forte et j’ai chuté très fortement. J’essayais de rentrer dans une église pour la messe et j’en ressortais aussitôt. Je ne pouvais croire que le Seigneur m’abandonnait. J’ai regardé en boucle la chaîne KTO sans rien ressentir, comme anesthésiée. À la confession j’avais besoin d’aller pour libérer cette culpabilité qui me tenait. Là encore je ne sentais rien. Mon mari s’était suicidé par pendaison, je ne l’avais pas sauvé, je n’étais pas digne du Seigneur.
Et puis j’ai laissé faire. Tranquillement le deuil s’est fait. Le désir de prière est revenu… la messe… les échanges… ma vie se transforme. Et lorsque je suis à l’écoute de mon cœur dans le silence : je sais que je suis aimée de Dieu le plus simplement possible.
Irène
Lorsque mon mari est mort il y a trois ans, j’ai découvert la prière de Teilhard de Chardin sur le deuil : « Votre manière, la vraie, de lui être fidèle doit consister à construire en avant ». Un an et demi plus tard, j’ai senti le besoin de discerner et d’écrire mes désirs profonds notamment les suivants : vivre plus pleinement ma vocation de maman de jeunes enfants (neuf, huit et quatre ans) et prendre de la hauteur et du temps pour « construire » une nouvelle vie. Suite à cela, j’ai pu faire une pause dans ma vie professionnelle qui me plaisait et m’occupait intensément depuis dix-huit ans (je n’avais pas pris de congés parentaux). Cela fait maintenant un an et je rends grâce pour ce choix de vie.
Frédérique
Quand Roland est décédé, une amie veuve m’a écrit qu’il pouvait encore y avoir des moments de joie, pas de bonheur durable, mais des petits instants où on peut encore sourire, des instants heureux partagés avec ceux qui restent.
Je n’y croyais pas trop. Mais lorsque j’ai communié pour la première fois après deux ans de préparation à la confirmation, et deux ans aussi après le décès de mon compagnon, j’ai ressenti une grande joie. La joie de me sentir enfant de Dieu, la joie d’être accompagnée par mes proches dans l’église, notamment par la tante de Roland qui s’était proposée pour être ma marraine, et la joie de penser à lui et de le sentir auprès de moi, lui qui était très croyant. Depuis, lors de l’eucharistie, je trouve une force et une joie inattendues, grâce à la présence de Jésus et de Roland. Et ça me renforce dans notre amour, au-delà de sa mort.
Annette
Quinze ans sont passés… Avant de prendre un nouvel engagement, j’ai réfléchi à ce dont j’avais envie et ce dont je n’avais plus envie. Je me suis rendu compte qu’il y avait des choses qui me plaisaient et que je n’avais pas mises en œuvre en couple. Je me suis interrogée : quelles sont mes valeurs, qu’est-ce qui me correspond ? Car la tendance pouvait être de refaire des choses déjà faites.
J’ai eu la proposition d’apporter mon aide au catéchuménat, sachant que je suis revenue à l’Eglise quand j’avais 40 ans. Cela m’a donné de l’élan et l’impression d’être utile. C’était ce en quoi je croyais et ce que j’avais envie d’apporter aux autres. Aujourd’hui, ce service me fait vivre et grandir, il m’apporte beaucoup de rencontres et de plaisir.


ESPÉRANCE ET VIE
est un mouvement
de la Pastorale
des Familles