Se reconstruire à la lumière de Pâques
Se retrouver seule après 40 ans de mariage dans un endroit où le couple venait de s'installer, et ne connaissait personne. Comment retrouver le goùt de vivre ?
Il avait 30 ans et nous étions mariés depuis 5 ans à la première alerte cardiaque. Nous avons pourtant eu 40 ans de vie partagée. Pendant toutes ces années, il m'est arrivé bien des fois de penser qu'il pourrait partir, problèmes cardiaques, cancer, diabète et je me suis vue au jour des obsèques sans jamais penser à ce que pourrait être ma vie après ce moment. Nous avons eu une belle vie, même s'il a fallu souvent faire avec sa fatigue, son ralenti. Et il est tombé brusquement un matin de septembre 2010 ; en moins de 10 minutes, c'était fini.
Nous avions déménagé 6 mois plus tôt, quittant la campagne pour bénéficier des services urbains, un réel déracinement, mais nous étions ensemble et tout à coup le vide total.
Je me retrouvais seule, des cartons pleins, ne connaissant personne, le seul qui restait de mes deux fils, à plusieurs centaines de kilomètres.
Avec la rentrée, nous avions projeté que j'aille à des cours de l'université du 3ème âge, c'est ce que j'ai fait cela m'a donné, avec la messe dominicale, trois occasions hebdomadaires de sortir de l'appartement. j'ai essayé, par devoir, de sortir malgré tout presque chaque jour en me fixant d'aller voir un magasin où je n'achèterais rien, trouver un horaire de bus que je ne prendrais pas, j'ai répondu à quelques appels de la paroisse pour un service ponctuel.
Je n'avais plus envie de vivre sans lui tout était vide ; je n'avais de goût pour rien, incapable de lire un livre, d'ouvrir un magazine, de regarder la télé, de m'intéresser. Si on me demandait j'avais un appartement muet, ni télé, ni radio, ni musique, personne avec qui parler, si ce n'est de temps en temps au téléphone.
Quelques personnes de la paroisse, là où avait eu lieu la sépulture de mon mari, me sachant seule et nouvellement arrivée, très isolée, sont venues vers moi et m'ont ouvert leur porte, cela m'a donné l'occasion de faire tout doucement des connaissances. d'instinct, je savais que je partageais quelque chose de fondamental en commun avec ces personnes rencontrées à la paroisse. j'ai peu à peu participé à un service ou l'autre.
Je me suis inscrite sans conviction à une conférence sur le veuvage peut-être y trouverai-je quelque chose ? Ce serait une raison de sortir de chez moi, alors, je suis allée au repas qui précédait, j'étais lasse, mon attention peu soutenue, mais j'ai soudain entendu le prêtre qui parlait de la difficulté d'être ´ seul devant son assiette et cela m'a interpellée, oui, c'était un moment difficile et je n'étais donc pas la seule et d'autres étaient comme moi, souffrant d'être seul(e)s pour se mettre à table.
C'était le moment des inscriptions pour un pèlerinage à Lourdes. Je garde un souvenir extra des deux pèlerinages étudiants à Chartres mais je gardais un mauvais souvenir de Lourdes où nous avions passé une journée ensemble aux dernières vacances de mon mari et puis, sachant qu'une jeune femme que j'avais connue y allait avec un autre groupe, je me suis lancée, dernier jour, dernière place dans le car et je n'ai pas regretté.
Indépendamment des conférences qui m'ont passionnée, les relations, les échanges avec les membres d'Espérance et Vie m'ont beaucoup apporté. j'ai trouvé une chaleur, une écoute bienveillante et un partage (oh combien vivifiant !) d'expériences, douloureuses certes, mais si différentes. Des paroles venues du coeur ! Et dans ce partage, une simplicité inouïe et une compréhension que ne peuvent saisir ceux qui n'ont pas l'expérience du veuvage.
Partager, c'est ce que nous avons fait à Lourdes et j'essaie de continuer à participer à ce qui se vit autour de moi. Et je ne continue pas seule, il est derrière ou à côté de moi puisque nos 40 années de mariage ont largement contribué à faire de moi celle que je suis aujourd'hui. Alors, il a été l'homme de ma vie, nous avons cheminé côte à côte, il a rejoint le Seigneur et je suis encore là, attendant mon tour. Il me reste à continuer autrement, à construire autre chose avec ce que je suis en demandant au Seigneur de m'aider à trouver ce à quoi. Il m'appelle.
Tout n'est pas parfait, loin de là, il me reste quelques cartons à trier, je ne parviens toujours pas à prendre le temps de lire, de m'intéresser sérieusement au monde, il m'arrive encore souvent de ne pas m'asseoir pour manger,mais aussi, parfois, de penser ´ Seigneur, aujourd'hui, je t'invite à ma table ª alors tout est meilleur, j'espère donc progresser dans la relation au Seigneur, Celui avec qui tout est vraiment meilleur.